Origine
Le
Ragondin (Myocastor coypus (MOLINA, 1782)) est un animal originaire
d’Amérique du Sud introduit en France au XIXème
siècle en vue de son exploitation pour sa fourrure (un élevage
de ragondins en captivité est signalé dès 1882
en Indre-et-Loire). La valeur commerciale de sa fourrure, sa bonne adaptation
aux conditions climatiques et son bon taux de reproduction ont grandement
favorisé la multiplication des élevages en France. L’emploi
d’enclos inadaptés a permis le retour à la liberté
de beaucoup de ces animaux. À ces évasions s’ajoutent
des lâchers volontaires par des éleveurs en faillite lors
de la crise des années 30.
Ragondin
capturé à l’aide d’une cage-piège.
Caractéristiques
biologiques
Habitat
Dans
les pays d’introduction, l’habitat de ce rongeur est très
diversifié puisqu’il occupe les zones de marais, les rivières,
les fossés de drainage, les étangs et les « trous
d’eau », les retenues collinaires et d’eau potable
ou encore les lagunes des stations d’épuration. Les digues,
avec leur communauté de plantes aquatiques et semi-aquatiques,
sont une importante composante de cet habitat, ainsi que les marais
et étendues de roseaux. Le terrier (voir photo ci-dessous), généralement
localisé le long des cours d’eau, est un système
complexe de chambres et de couloirs pouvant s’étendre sur
plusieurs mètres. Le terrier est souvent une ancienne habitation
de Rat musqué (Ondatra zibethicus) dont les tunnels
sont élargis pour atteindre un diamètre de 20 à
23 cm.
Les déplacements du Ragondin sont assez réduits en comparaison
de ceux d’autres rongeurs et relativement à leur taille.
Pour la plupart, ils sont limités aux voies d’eau et à
leurs abords, la marche terrestre leur étant difficile. Parfois,
des ragondins sont emportés par des inondations et colonisent
ainsi de nouveaux sites.
Terrier
de ragondin.
Régime
alimentaire
Les
ragondins sont à peu près strictement herbivores. Une
des caractéristiques principales de leur régime alimentaire
est qu’il recouvre une très large variété
de plantes permettant ainsi leur adaptation à des milieux très
variés. Une des conséquences fâcheuses de la diversités
de la stratégie alimentaire du Ragondin est qu’elle permet
l’utilisation d’une grande variété de cultures
et à plusieurs stades de croissance : betterave à
sucre, navets, pommes de terre, choux, céréales, …
Du fait qu’il mange ce qui est disponible et abondant dans son
habitat, le Ragondin peut être qualifié d’opportuniste.
En
captivité, le Ragondin consomme 25 à 41% de son poids
chaque jour en aliments aqueux. De plus, lors de l’alimentation,
les déchets qu’il laisse représentent 40 à 85%
du poids total de plantes coupées.
Reproduction
Le
Ragondin est un animal prolifique. Dans nos régions, son cycle
reproducteur peut se simplifier ainsi : un couple donne au printemps
4 petits, soit 2 couples supplémentaires (la répartition
mâle-femelle est à peu près égale). Au cours
de l’été, ces 3 couples ont une autre portée
(soit 12 jeunes). En un an, un seul couple engendre donc 16 nouveaux
individus.
Facteurs
pouvant influencer les populations
Les
prédateurs naturels du Ragondin (Caïman et félins
comme le Jaguar, le Puma et l’Ocelot) ne sont évidemment
pas présents dans les pays d’introduction. En France, seuls
les jeunes sont vraisemblablement victimes de quelques espèces
comme l’Hermine, le Renard, la Loutre, le Putois, …
De même, il n’a pas de véritables compétiteurs,
mis à part peut-être le Castor européen (Castor
fiber). En revanche, la présence du Ragondin gêne
considérablement le Rat musqué et peut-être d’autres
espèces de mammifères ou d’oiseaux.
Le
Ragondin est susceptible de contracter de nombreuses maladies, qu’elles
soient bactériennes ou virales, certaines étant transmissibles
à l’homme et aux animaux. L’effet de ces différentes
infections sur la population des ragondins est cependant très
difficile à évaluer. Le seul facteur important de mortalité
connu est le froid. Le gel et la neige rendent en effet la nourriture
du Ragondin inaccessible et empêchent ses déplacements.
Cependant, la mortalité est considérable seulement si
ces conditions perdurent plusieurs jours.
Impacts
Sur
le milieu naturel
L’impact
du Ragondin sur le milieu naturel n’a pas fait l’objet d’études
spécifiques et se trouve donc relativement peu documenté.
Il est d’autre part difficile à mesurer en l’absence
de paramètres objectifs et de données de référence
avant l’introduction de l’espèce. On sait cependant
que le Ragondin est un gros consommateur de végétaux aquatiques,
qui peuvent, dans certains cas, être fortement réduits
voire éliminés des secteurs à forte densité.
La réduction ou la disparition de ces végétaux
entraîne une modification des conditions de courant qui, à
son tour, entraîne une modification des conditions nécessaires
à la survie des espèces. La plus fréquemment citée
est la disparition des zones de frayères pour plusieurs espèces
de poissons, ce qui est probablement aussi le cas pour les zones de
ponte de plusieurs mollusques et insectes aquatiques. De manière
plus anecdotique, le Ragondin peut aussi occasionnellement provoquer
la destruction de couvées d’oiseaux aquatiques se trouvant
sur son passage.
Sur
les activités humaines
L’impact
du Ragondin sur les activités humaines est en revanche beaucoup
mieux connu car il interfère avec des activités à
vocation économique où les pertes, outre leur effet psychologique,
sont chiffrables. Ces dégâts sont dus à 2 particularités
du Ragondin décrites précédemment :
Le
Ragondin est un herbivore peu sélectif qui consomme naturellement
une grande variété d’espèces végétales.
On retrouve cette diversité dans les espèces qu’il
consomme, puisqu’on en connaît au moins 31 (maïs, blé, …).
Sa taille importante lui impose des besoins nutritionnels élevés,
puisqu’ils atteignent en moyenne 40% du poids de l’animal,
ce qui représente 1,2 à 2,5 kg de végétaux
frais par jour pour un ragondin adulte. Si la végétation
naturelle couvre l’essentiel de ces besoins à la belle
saison, il n’en est plus de même à partir de l’automne,
lorsque la disponibilité du milieu naturel diminue et que les
populations de ragondins se trouvent à leur maximum. C’est
à cette période que la plus grande partie des dégâts
sur cultures est constatée. Ces dégâts sont le plus
souvent localisés le long des voies d’eau, à une
distance excédant rarement 20 mètres, car le Ragondin
se déplace peu à terre.
Dans
la région Centre, les dégâts qui sont reprochés
au Ragondin sont les mêmes que dans le reste de la France. Étant
donné qu’il n’existe pas de procédures d’indemnisation
permettant la réparation de ce type de préjudices aux
cultures, il ne reste donc pas de traces officielles permettant d’estimer
ces dégâts sur un plan financier. Les dégâts
aux cultures peuvent également être plus indirects. À
tire d’exemple, en mai 2002, 3 exploitations agricoles situées
sur la commune de Corbeilles en Gâtinais (Loiret) ont subi des
dégâts sur 4 parcelles suite à l’obstruction
totale du collecteur du système de drainage de ces parcelles
par des ragondins. La présence de ces animaux a nécessité
l’emploi d’un tractopelle dont les frais ont été
pris en charge par la FDGDON.
Les
dégâts aux voies d’eau et aux ouvrages hydrauliques
L’habitude
qu’a le Ragondin de creuser des terriers communiquant avec l’eau
a des conséquences négatives sur les voies d’eau
et les ouvrages hydrauliques, soit de manière directe (érosion)
soit de manière indirecte (envasement).
Les
dégâts sur voies d’eau touchent prioritairement les
berges, mais aussi les canaux, les fossés et autres réseaux
ainsi que les marais salants dans les régions concernées.
Un terrier de ragondin occupe un volume important, de l’ordre
de 0,3 à 1,5 m³ en moyenne, et la densité des terriers
peut être de 1 tous les 50-60 mètres de berge en zone de
forte densité. De tels volumes de terre rejetés dans les
voies d’eau constituent déjà un facteur d’envasement
non négligeable qui contribue à freiner voire annuler
le courant dans certaines zones. Mais l’effet le plus direct est
celui de la fragilisation des berges par les terriers : leurs bouches
accélèrent l’érosion à la base des
berges par le courant, et leur effondrement provoque le ravinement des
parties hautes des berges. Le curage et le re-calibrage des voies d’eau,
rendus nécessaires à cause de cet envasement, sont à
compter parmi les effets secondaires les plus fréquents et les
plus coûteux de l’action de minage des berges par le Ragondin.
Bien que le Ragondin soit incriminé dans la plupart des cas,
on ne peut pas pour autant le rendre responsable de l’ensemble
de ces dégâts. Le Rat musqué, lui aussi introduit
du continent américain partage la responsabilité de ces
dégâts dans les régions où il cohabite avec
le Ragondin.
Les
dégâts aux ouvrages hydrauliques touchent le plus souvent
des vannages, des digues, des levées ou des remblais mais aussi
des buses, abreuvoirs ou chemins. Une digue ou une levée percée
par des terriers devient le siège de pertes d’eau. Celles-ci
sont en général faibles, mais peuvent devenir importantes,
voire catastrophiques en cas de rupture. Comme dans le cas des dégâts
aux voies d’eau, la responsabilité ne peut être entièrement
portée par le Ragondin. Le Rat musqué est aussi impliqué.
Dans
la région Centre, en ce qui concerne les dégâts
aux ouvrages et aux voies d’eau, la problématique est la
même que pour les dégâts aux cultures : ils
sont difficilement chiffrables à moins d’être exceptionnels.
On peut cependant signaler quelques cas dont la presse s’est fait
l'écho. En décembre 2002, lorsque la digue du canal de
Briare (Loiret) a cédé, une des hypothèses avancées
était la présence de galeries creusées par les
ragondins. La centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly (Loiret)
aurait ainsi connu des déboires sur ses amenées et sorties
d’eau du fait des terriers de ragondins. Le Ragondin apparaît
également comme un problème signalé sur les digues
des stations d’épuration par lagunage.
Sur
la santé publique
À
côté de ces nombreux dégâts bien visibles,
il est d’autres méfaits, plus sournois, que la présence
du Ragondin amplifie, si elle ne les provoque pas. Des parasites comme
la Grande Douve du foie ou des maladies bactériennes comme la
Leptospirose peuvent être transmis par ce rongeur.
La
Leptospirose (ou plutôt les leptospiroses, puisque 27 groupes
différents appartenant à la même espèce Lesptospira
interrogans provoquent la maladie) est une zoonose, c'est-à-dire
une maladie transmissible de l’animal à l’homme et
inversement. Les bactéries responsables ne peuvent survivre qu’en
milieu aqueux (eau, sang, urines, …), elles affectionnent
les eaux légèrement alcalines chargées de matière
alcaline (eaux stagnantes) où elles se maintiennent.
La bactérie se fixe préférentiellement sur 2 organes :
foie et rein. La pénétration se fait au travers des muqueuses
(œil notamment). Les matières contaminantes sont l’urine
et le sang en début d’infection. 300 à 600 cas humains
sont recensés annuellement sur le territoire métropolitain
mais, la déclaration n’étant pas obligatoire, on
peut estimer que ce nombre est nettement sous évalué.
Très peu de décès sont cependant enregistrés
(2 à 20% des cas). Les personnes les plus particulièrement
exposées sont celles pouvant avoir un contact avec des eaux potentiellement
souillées ou des animaux potentiellement vecteurs (piégeurs,
chasseurs, pêcheurs, éleveurs, agents d’abattoir,
personnels chargés des travaux fluviaux ou de drainage, égoutiers
chez qui la Leptospirose est classée maladie professionnelle).
Une
enquête menée par l’École Nationale Vétérinaire
de Nantes a montré que sur 774 ragondins capturés en Loire-Atlantique,
en Vendée, en Haute-Vienne et en Indre-et-Loire, 33% d’entre
eux (jusqu’à 60% dans certaines populations) avaient, à
un moment de leur vie, été contaminés par la Leptospirose.
Pour
vérifier ces résultats et élargir la zone d’investigation,
la Fédération Nationale des Groupements de Protection
des Cultures à laquelle adhère les différentes
Fédérations Départementales de la Région
Centre, a mis en place en 2000-2001, l’opération CO.P.RA
(COntrôle des Populations de Ragondins) dans 40 départements.
La région Centre a bien entendu participé à cette
enquête en envoyant pour analyse 240 sérums prélevés
sur des ragondins capturés par piégeage (90 pour le département
d’Indre-et-Loire et 150 pour le département du Loiret).
Le résultat de cette étude que la prévalence sérologique
de la Leptospirose chez le Ragondin en France est comprise entre 48
et 52%. Une telle étude permet donc d’affirmer que le Ragondin
est une espèce, qui au cours de sa vie a une forte probabilité
d’être infectée par des leptospires et donc de les
multiplier. Ceci démontre donc que cette espèce participe
au cycle épidémiologique de cet agent pathogène
et donc participe, au même titre que rats et mulots à l’augmentation
de la pression infectieuse générale qu’exerce les
leptospires dans les zones humides françaises. Une étude
(Thèse de doctorat V. MICHEL) cofinancée par la Région
des Pays de Loire, l’ONCSF et le MAP sur l’importance du
portage rénal de leptospires par des animaux sérologiquement
positifs et donc ayant été infectés a confirmé
que le Ragondin était un porteur rénal de Leptospires
et donc un excréteur potentiel de ces germes dans ses urines.
Le Ragondin peut par conséquent contaminer son environnement
par l’intermédiaire de ses urines.